Yann Rocq

J’ai eu le plaisir de participer à l’émission Le boudoir des imparfaits sur le thème « Transhumanisme », diffusée le 10 juillet dernier sur CISM :

Vous pouvez écoutez l’émission dans son intégralité sur le site web de la radio. Je vous invite également à écouter la passionnante deuxième partie.

Tant que vous y êtes, abonnez-vous au podcast, ou si vous habitez à Montréal, écoutez CISM 89,3 FM les dimanches à 16 h. C’est une émission pertinente et drôle, même quand on y parle de la future domination du monde par les nanorobots :-).

Yann Rocq

La dernière campagne du gouvernement québécois contre l’intimidation était très inspirante. Tellement, que mes amies Cassandre Charbonneau-Jobin, Mélanie Roussel et moi-même en avons fait quatre parodies. Il était tant de défendre plusieurs personnalités victimes de harcèlement. Tout ça pour d’innocentes histoires de détournements d’argent public ou d’incitation à la haine.

Merci aux acteurs qui ont participé à ce projet : Lise Charbonneau, Geneviève de l’Étoile, Marie-Line Pitre, Christian Thériault et Z0D.

Pour être informés de nos prochaines réalisations, inscrivez-vous sur notre page Facebook Les mal-aimés et notre chaine YouTube.

Jeff Fillion

Nathalie Normandeau

Lise Thibault

Sam Hamad

Yann Rocq

Je suis un handicapé patronymique.

Pas comme le gars qui doit dissimuler son identité à sa première date parce qu’il s’appelle Alphonse Mornecouille.

Plutôt le genre à posséder un nom que 99 % de la population n’arrive pas à orthographier correctement, alors qu’il ne contient que quatre lettres. J’ai beau l’épeler le plus lentement possible quand on me le demande, ça ressemble toujours à ça : « R… O… C… Q, non, vous l’avez pas ».

Depuis que je sais lire, aucune variante ne m’a été épargnée : Rock, Roch, Roc, Rocques… le concierge de mon ancien immeuble a même collé l’étiquette « Rocco » sur ma boite aux lettres. Sans doute un hommage inconscient aux films qu’il regardait barricadé dans sa loge. Et je ne parle pas de « Rocco et ses frères ».

Si les gens investissaient un millième de la créativité qu’ils consacrent à l’écorchage de mon nom dans la lutte contre la faim dans le monde, l’obésité serait un enjeu de santé publique au Burundi.

Personne ne sait mieux que moi combien il est difficile de se faire un nom. Chaque fois que je donne mon identité à une administration, je me sens comme un boxeur défendant son titre. À la frustrante différence que je n’ai pas le droit de frapper. Quand j’ai inscrit mon nom sur ma carte à la bibliothèque, le préposé m’a demandé : « Vous êtes sûr ? »

Franchement, je commence à douter.

Et s’il n’y avait que mon nom de famille…

Lorsque, par miracle, quelqu’un arrive à l’écrire correctement, c’est mon prénom qu’il assassine. Pourtant, il n’y a que trois lettres différentes dans « Yann ». Une de moins que dans « Rocq ».

La palme revient à Pharmaprix qui honore chacun de ses courriels Optimum par un flamboyant « Bonjour Yumn ». Une déformation d’autant plus troublante que j’ai rempli moi-même le formulaire d’adhésion par Internet, sans l’influence d’aucune substance.

J’ai deux explications : soit Pharmaprix est victime d’un bogue qui l’oblige à faire ressaisir les noms de ses clients à la main par d’anciens employés de chez Starbuck, soit leur système dispose d’une intelligence artificielle sophistiquée, qui égale la stupidité humaine.

J’ai l’air de me plaindre, mais j’ai appris à vivre avec mon handicap. Si j’écris ce billet, c’est uniquement pour que les gens tombent sur cette page en cherchant mon nom avec la mauvaise orthographe sur Google. D’ailleurs, la compagnie a la réputation d’imposer des tests de recrutement d’une extrême complexité à ses candidats. Je vais leur suggérer une nouvelle épreuve dont la réponse tient en huit lettres.

Yann Rocq

« Pis, est-ce que t’arrives à en vivre ? »

Telle est la question qui pend au nez du convive informant une nouvelle connaissance qu’il est auteur, ou toute profession artistique autre que « porn star ».

Les gens sont étranges. Quand ils rencontrent un médecin, ils lui parlent de maladies, quand c’est un enseignant, ils lui parlent de pédagogie, mais quand c’est un artiste, ils lui parlent d’argent. Même si c’est aussi absurde que de discuter d’alexandrins avec un comptable agréé.

Le plus souvent, la personne qui réagit ainsi se contente de cacher son trouble face à un domaine qui ne lui inspire aucune réplique pertinente. Elle préfère que la conversation rebondisse sur une question gênante, plutôt qu’elle s’aplatisse dans un silence mortel.

Il arrive néanmoins que l’on perçoit l’amertume d’un artiste refoulé qui cherche à se convaincre de la validité de son choix de carrière raisonnable. La question : « Arrives-tu à en vivre ? » dissimule un ordre : « Dis-moi que tu n’arrives à trouver ni ton style ni ton public, que pour survivre, tu es réduit à emballer des sandwichs de la main droite, de louer la gauche aux compagnies de tests pharmaceutiques, et de prostituer le reste, que la vie d’artiste est un calvaire, que j’ai eu raison de renoncer à mes rêves et de vendre des condos. »

Difficile, pour un auteur, de recevoir ce scepticisme sans une pointe d’agacement. Alors que n’importe quel plombier, avocat ou toiletteur pour chien peut parler de son métier sans préambule, il doit commencer à parler de ses revenus pour être pris au sérieux. Raisonnement étrange. Si gagner de l’argent pour une activité était synonyme de compétence, je n’aurais pas à me plaindre du service clientèle de Bell.

J’ai toujours un malaise lorsque l’on me pose la question que l’on ne devrait pas poser. J’aimerais l’ignorer, et aborder directement les projets qui m’animent, comme je le fais d’habitude avec les gens qui pensent à ouvrir leurs chakras. Mais je crains de passer pour un imposteur, ou pire, un hostie de pouceux de crayons improductif qui suce le sang des contribuables. Alors, j’explique à mon interlocuteur que je suis aussi développeur web, omettant par pure délicatesse que je gagne peut-être mieux ma vie que lui en travaillant moins d’heures.

Persuadé de m’avoir extorqué mon vrai métier, ce dernier peut rentrer en paix chez lui, rassuré que l’écriture ne soit pour moi qu’un hobby, comparable à ses soirées Netflix. Quand il regarde des séries écrites par des auteurs qui en vivent.


Crédit photo : La super Lili

Yann Rocq

Bienvenue dans mon nouvel espace d’auteur. Prenez une pointe de pizza et tirez-vous une buche, si vous arrivez à vous trouver une place parmi les boites.

Outre mes amis, ce lieu est destiné à recevoir mes expérimentations et divagations humoristiques et littéraires. J’espère proposer une grande variété de tailles, de formats et de couleurs, comme à Ikea. Je fournis le service d’assemblage des mots.

En guise de pendaison de crémaillère, vous trouverez l’intégralité des textes que j’ai écrits pour le Cabaret des auteurs du dimanche, dont plusieurs sont inédits sur Internet. Selon certaines rumeurs, il y aurait même quelques bonus audio et vidéo. Faites attention où vous cliquez. La peinture n’a peut-être pas séché partout.

Je m’excuse par avance pour les nombreux réaménagements qui auront lieu dans les jours qui viennent. Au moins, l’avantage du web, c’est que l’on peut démolir les murs sans déranger ses voisins.

Yann Rocq

Bonsoir à tous. Si je suis en mesure de vous lire un texte ici ce soir, c’est par pur miracle. En effet, j’ai réchappé d’un terrible accident qui aurait pu me coûter la vie, il y a exactement 14 ans.

Ça s’est passé le 8 novembre 2001. À l’époque je travaillais comme développeur pour « Toto vacances », une agence de voyage en ligne qui proposait des rabais tellement intéressants à ses clients qu’elle a fait faillite l’année suivante.

Nos bureaux se situaient à la Plaine Saint-Denis. La banlieue de Paris idéale si votre principal critère est l’accessibilité aux drogues dures.

Question restauration, en revanche, l’offre était limitée. À croire que tous les travailleurs du quartier fonctionnaient à l’énergie solaire. Ou aux drogues dure.

Nos choix se limitaient à:
a) un vendeur de sandwichs grecs qui n’avaient de grecs que le nom, et de sandwich que la prétention.

b) Un traiteur asiatique dont la carte était totalement superflue, puisque la totalité des plats avaient le même goût de crevette avariée.

c) Une machine distributrice de divers produits, dont il était impossible de lire la date de péremption sur l’emballage, puisqu’elle s’était estompée sous l’effet du temps.

C’est pourquoi je marchais chaque midi quelques kilomètres pour me rendre au « Joyeux cochon », qui tenait plus de la cantine que du restaurant, et où l’on pouvait manger sans mettre sa vie en danger, jusqu’à preuve du contraire.

Ce jour là, j’avais fait le voyage avec mon collègue Frank, le webmaster du site. 1 m 80, cheveux longs, sourire goguenard, Frank est l’être pour qui le mot « insouciance » a été spécialement créé. Dans la matinée, il m’avait prévenu sur ma boite vocale qu’il arriverait juste pour l’heure du dîner, parce qu’il était complètement hangover. Une justification que je n’eut aucun mal à croire puisqu’il avait terminé son message par « Gros bisous ».

Alors que je discutais joyeusement avec mon collègue de notre futur licenciement devant ma blanquette de veau, j’eut l’idée saugrenue de faire deux actions incompatibles entre elles : avaler une grosse bouchée de nourriture et rire.

L’opération fut une réussite à 99 %. Le dernier 1 % était hélas incarné par un grain de riz trop collant qui, après un court moment d’hésitation entre mon oesophage et ma trachée, choisit la seconde voie.

Devant cette obstruction soudaine, je me mets à paniquer. Je respire de plus en plus rapidement, essaye de tousser, mais sans aucun succès. Même avec des connaissances modérées en pneumologie, on peut déduire que je ne me vais pas bien au son de mes mouvements respiratoires.

À l’inspiration, ça ressemble à un croisement entre la sirène du Titanic et le cri d’amour du phoque de Sibérie : Uhhhhhhhh.

À l’expiration, ça évoque Darth Vader en pleine crise d’asthme : rshhhhh.

Si vous faites partie des gens qui ne voudraient pas mourir dans leur lit, sachez qu’il n’est pas plus enviable de mourir à table. Je sens que mes secondes sont comptées, et je m’apprête à voir ma vie défiler devant mes yeux. Par chance, il n’y a pas tant de choses que ça qui méritent une rediffusion. Je peux directement passer à l’étape des regrets.

Je ne connaitrais jamais la saison finale de Friends.

Je n’ai toujours pas fait de trip à trois à 27 ans, et finalement, à 41 ans non plus.

Je n’ai pas vidé mon historique web. Les gens vont savoir que j’écoute Mylène Farmer.

J’imagine la police informant ma mère de mon décès avec le tact légendaire de l’administration publique française:
- Madame, combien avez-vous d’enfants?
- Deux.
- Perdu!

Je vois mon épitaphe gravée dans la pierre.

Yann Rocq
1974 - 2001
Il aurait du prendre le potage.

J’ai des bourdonnements dans les oreilles. Tout en continuant mon concerto en tuberculose mineure, j’essaye de m’apaiser en me parlant à moi-même : « Calme-toi, Yann, respire. Ah non, c’est vrai, c’est ça, le problème ».

Je jette des regards de détresse autour de moi, et je constate que ma mésaventure a au moins l’avantage de distraire les travailleurs de leur routine quotidienne. Ils m’observent, totalement médusés et semblent parier intérieurement sur l’issue de mon combat contre la céréale.

Le seul point positif, c’est que les réseaux sociaux n’ont pas encore été inventés. Personne ne peux tweeter ma mort en direct, ni en poster une photo sur Instagram avec le filtre Gore et le hashtag #prixdarwin.

Mon regard se pose alors sur Frank, qui est resté anormalement calme pendant les dix dernières seconde. Enfin, il se décide à justifier la formation de premiers soins qu’il a reçu au printemps passé. J’aimerais dire qu’il fait une variante sophistiquée de la méthode de Heimlich, ou qu’il réussit à me faire une trachéotomie armé d’un simple couteau à beurre et de son stylo à bille. En fait, il se contente de me tendre mon verre d’eau. Trois gorgées suffisent pour remettre le grain de riz dans le droit chemin.

Yann : 1 Uncle Ben’s: 0

Estimant que ma dose de malaise pour l’année a été atteinte, je m’apprête à quitter les lieux sans prendre le temps de manger mon dessert, un gâteau de riz.

Malheureusement, un médecin prend son repas quelques tables plus loin. Ses connaissances lui reprochent de ne pas être intervenu pendant ma séance de suffocation. Ils insistent pour qu’il s’assure que tout est correct. S’ensuit une conversation totalement inutile à l’extérieur de l’établissement, où il me demande si je vais bien et si je suis stressé en ce moment. Mais nous savons tous les deux qu’il fait ça juste pour ne pas perdre la face devant ses amis. Je me retiens de lui facturer 150 francs pour la consultation, et je rentre au travail. La seul tâche que j’ai pu effectuer l’après-midi est de jouer au démineur de Windows.

Le 8 novembre 2001, j’ai vu la mort et ça a changé ma vie. J’ai compris que notre existence est trop courte pour jouer un rôle. C’est depuis ce jour que je m’accepte comme je suis et que je peux affirmer sans honte que oui, j’aime Mylène Farmer.

Yann Rocq

Il me fallut moins d’une seconde pour identifier Guillaume Lefèvre lorsqu’il entra dans le restaurant. Plus que les traits de son visage, je reconnus le ton sur lequel il s’adressa au serveur, comme si la nouvelle de l’abolition de l’esclavage ne lui était jamais parvenue.

Cela me faisait vraiment bizarre de revoir la moue méprisante de mon ancien camarade du secondaire, vingt-cinq ans après notre dernière interaction. Je mentirais cependant en disant que j’étais surpris. J’avais décidé de régler définitivement mes comptes avec lui, dès que j’avais appris qu’une affaire familiale me contraignait à retourner quelques jours à Blois.

Commune française moyenâgeuse de 46 000 habitants, Blois a la particularité, selon Wikipédia, d’être une des premières villes d’Europe à accuser ses juifs de crimes rituels, suite à la disparition inexpliquée d’un enfant chrétien en 1171. C’est aussi la ville qui a eu le privilège de voir mes poils pousser.

Je garde un bon souvenir de mon adolescence dans la région, malgré la forte présence d’une petite bourgeoisie de province qui aurait pu évoquer Flaubert, si Madame Bovary avait eu une carte de fidélité chez Yves Rocher.

La seule chose vraiment négative que je devais subir au quotidien se nommait Guillaume Lefèvre, le gars, qui plus de deux décennies plus tard venait de s’asseoir à la table d’un restaurant gastronomique, et que j’observais du fond de la salle, en tentant de ne pas me faire repérer.

Au secondaire, Guillaume appartenait à la catégorie des gars du fond de la classe. Comme les autres, celle-ci se formait spontanément à chaque rentrée scolaire, lorsque les élèves choisissaient dans les différents cours la table qu’ils occuperaient jusqu’à la fin de l’année.

La première rangée de tables, juste devant le bureau du professeur, était occupée par deux types d’élève : les conformistes brillants, qui planifiaient à la perfection leurs examens, leur avenir professionnel, et leur burnout à 35 ans ; et les conformistes déficients qui espéraient bénéficier de l’aura des premiers, le genre à voter avec un sac à patate sur la tête.

Les deux et troisièmes rangées étaient occupées par des élèves relativement sains et équilibrés, capables de faire la part des choses entre le travail et l’amusement, bref, des gens sans aucun intérêt.

La quatrième rangée était occupée par les inadaptés sociaux. Ceux qui s’emmerdaient tellement en cours qu’ils attendaient avec impatience la fin de leur jeunesse. J’occupais la table complètement à gauche.

La cinquième et dernière rangée était occupée par les voyous, ou plus exactement, par les faux voyous, puisque les vrais n’allaient pas en cours. Si vous avez suivi, c’est ici que ce trouvait Guillaume. Ma table était malheureusement juste devant la sienne. Si j’admets volontiers que performer à l’école n’a jamais fait partie de mes priorités, il faut reconnaître que Guillaume n’était pas le coach idéal.

À chaque cours, je vivais dans l’angoisse de subir son humour atypique, qui consistait à m’insulter dans mon dos, me donner des grosses claques derrière la tête, cracher sur le manteau que j’avais posé sur le dossier de ma chaise… bref, une atmosphère peu propice à l’assimilation des équations du second degré.

Son jeu préféré consistait à me taper sur l’épaule en mettant son index sur le côté de ma tête, afin que je me le prenne dans l’œil en me retournant. Par chance, j’appris à déjouer cette astuce le jour où il décida de remplacer son doigt par un compas.

J’étais loin d’être le seul à subir les agissements de Guillaume. Il poursuivait son œuvre jusqu’au fond de l’autobus scolaire, à une époque ou faire pression sur une fille pour qu’elle montre ses seins était juste considéré comme une chamaillerie un plus rude que la moyenne.

On aurait pu trouver toutes sortes de circonstances atténuantes au comportement de Guillaume : un milieu défavorisé, des parents chômeurs et toxicomanes, des difficultés d’apprentissage…

Cependant, aucune de ces hypothèses n’aurait été valide. Le père de Guillaume était un homme d’affaires riche et influent qui faisait fortune en vendant du vin local partout dans le monde. Femme au foyer, puisque le féminisme est un truc de pauvres, sa mère s’était entièrement consacrée à satisfaire les moindres caprice de son fils. La seule chose qui expliquait son attitude était la certitude de ne jamais manquer de rien. Même s’il se faisait renvoyer de l’école et commençait sa vie d’adulte avec le bagage culturel d’un électeur du Front National.

En le voyant en 2015 dans son costume trois-pièces en train de déguster son sanglier, je me disais qu’il avait probablement hérité de la compagnie de son père. Je me demandais comment il accueillait les nouveaux employés de son entreprise. Leur passait-il la bite au cirage ? les obligeait-il à avaler un crapaud mort ? Ou des crapauds vivants ?

Toutes ces idées ne faisaient que renforcer le plan que j’avais soigneusement établi. Bien que Guillaume était jadis plus grand que moi, c’était maintenant moi qui faisais une tête de plus que lui. J’avais au fond de la poche de ma veste de quoi lui rendre la monnaie de sa pièce. Malgré la voix au fond de moi qui me suppliait de bien réfléchir avant de commettre l’irrémédiable. J’avais définitivement décidé d’inverser le rôle du bourreau et de la victime.

Enfin, Guillaume a quitté sa table, et s’est dirigé vers le comptoir pour payer son repas. Je me suis levé à mon tour, un peu tremblant, en repensant à toutes les humiliations qu’il m’avait fait subir. La fois où il avait baissé mon maillot à la piscine, la fois où il m’a obligé à m’asseoir dans une corbeille à papier dans le Hall de l’école, la fois où il a versé un pot de colle dans mes notes de cours.

Je me suis placé derrière lui, j’ai pointé mon arme, et je lui ai donné une violente claque derrière la tête. Il s’est retourné, et il a pris mon doigt dans l’œil.

Yann Rocq

Magnétique
Je suis magnétique
Plus populaire que Tolkien chez les geeks

Magnétique
Je suis magnétique
Même Chuck Norris me trouve charismatique

Dès ma conception sous une étoile magique
J’étais la coqueluche du service obstétrique
La sage femme qui m’a mis au monde est devenue mystique

Depuis ma naissance je jouis d’un don unique :
Paraître génial sans talent spécifique
Ça rend les gens normaux mélancoliques

Qu’ils rêvent d’être moi ou de ma mort tragique
Aucun ne soupçonne mon état pathétique
Je me sens tout seul au sommet de ma tour idyllique

Car je suis
Magnétique
Je suis magnétique
La providence du milieu politique

Magnétique
Je suis magnétique
Stephen me veut dans son équipe épique

Devant ma maitrise du kung-fu rhétorique
Aucun adversaire ne formule de critique
Quand je sacrifie quelques pauvres aux dieux économiques

Quand je perds des points à cause d’une polémique
Hop, une petite phrase sur un ton ironique
Et à moi les faveurs des statistiques

Les quatre gauchistes qui restent en Amérique
M’haïssent mais ignorent mon espoir endémique
De pouvoir un jour réfléchir sans béquille dogmatique

Mais je suis
Magnétique
Je suis magnétique
Rôle principal dans tes rêves érotiques

Magnétique
Je suis magnétique
Au gym j’attire les regards impudiques

Quand elle voit mon corps luisant sur l’elliptique
Les filles ne mouillent pas uniquement leur tunique
Le moment après les efforts est forcément lubrique

Malgré leurs allures de vertu monarchique
Je suis l’homme pour qui leur chasteté abdique
Sous les assauts de mon bélier phallique

Les dragueurs me vouent une haine hystérique
Sans voir la blessure qui dans mon cœur me pique
J’ai jamais connu le semblant d’une histoire romantique

Je rêve d’amour, mais je bande magnétique
Je suis bien trop souvent dans le champs magnétique
Si tu penses que j’ai perdu la carte magnétique
C’est juste que j’ai besoin d’une épaule magnétique

Si je manque en pratique de support magnétique
J’ai au moins de ma guitare, la résonance magnétique
Pour faire danser les gens sur la piste magnétique
Pas la peine de critiquer mon éthique ou d’étiqueter mes tactiques

Auteur du dimanche toi qui est très logique
Souffrirai-je de regrets chroniques
En récidivant sur un rap en version acoustique
Magnétique

Bonus

Yann Rocq

Faut que je me branche

Faut que j’me branche
La veste noire ou bien la blanche?
Prendre un REER ou un CELI?
Le pain entier ou bien en tranche?

Les décisions me terrifient
Qu’elle aient ou non de l’importance
Si tu me dis « Allez, choisis »
On a un problème, je pense.

C’est pas comme mon voisin Henri
Qui bricole pendant ses vacances
C’est le genre de gars qui agit
Sans se soucier des conséquences

C’est sûr que si j’étais comme lui
Ma vie prendrait un nouveau sens
Mais d’un côté, c’est vrai aussi
Que j’ai pas fini à l’urgence

Faut que j’me branche
Entre réserve et arrogance
Mon caractère introverti
Cache un ego qui crie vengeance

J’ai adopté la modestie
Pour respecter la bienséance
Mais je me vois crier la nuit,
De moi tout le bien que je pense

Cependant, ma collègue Annie
Est boursouflé de suffisance
Elle est son sujet favori
Qu’elle traite avec beaucoup d’aisance

J’aurais en suivant son circuit
Le respect de mes connaissance
Mais c’est vrai qu’en contrepartie
Les gens chercheraient mon absence.

Faut que j’me branche
Entre conscience et ignorance
Devant guerre et épidémie
Je frémis de compatissance

C’est cool d’être un homme averti
Sur ce monde en déliquescence
Mais j’ai opté pour le déni
Ma TV pourrissait l’ambiance

Ma voyante Audrey-Rosalie
M’accuse de cruelle complaisance,
Dit qu’elle entend les pleurs et le cris
Par le bias de son sixième sens

J’aimerais croire cette empathie
Et la vérité de l’offense
Mais elle n’avait même pas prédit
Qu’on inspecterait ses finances

Faut que j’me branche
Entre le fun et la romance
Du temporaire ou pour la vie
Que je baise, ou bien me fiance?

Me faut-il une fille réfléchie
Qui me trouvera trop intense
Ou autant que moi pervertie
Qui attisera mes déviances?

Mon mécanicien Louis-Henri
Ne s’embarasse pas la conscience
Il prend toutes celles qui disent oui
Qu’elles soient psychotiques ou de France

Avoir écouté son avis
J’aurais un peu plus d’expérience
Mais moi, contrairement à lui
Je peux uriner sans souffrance

Faut que j’me branche
Âge adulte ou adolescence
Vouvoyé par les plus petits
Tutoyé par les barbes blanches

Incompris par mes vieux amis
Qui on déjà une descendance
Et s’étonnent que j’ai pas souscrit
Au moindre fond de prévoyance

Sain de corps, et presque d’esprit
J’assume à fond ma différence
J’ai même rappé à quarante ans
Un soir aux auteurs du dimanche

Je fais les truc dont j’ai envie
Sans me soucier des médisances
Je sais pas où tout ça finit
Mais j’ai bien du fun et j’avance