Discours de remerciement

Yann Rocq

Je ne sais pas quoi dire.

Vous êtes vraiment formidable, je vous aime, vous êtes intelligents, vous êtes beaux, vous sentez bon, vous êtes la force qui anime ce pays.

Et c’est avec beaucoup d’émotion que je reçois ce Richard 2025 qui récompense la démagogie.

Je suis d’autant plus touché que je suis le premier chroniqueur à recevoir cette distinction, jusqu’ici attribuée systématiquement à des politiciens. Il était temps qu’un journaliste soit à son tour récompensé pour ce que les mauvaises langues désigne comme une « manipulation de la population », mais que je préfère appeler « Sensibilisation du peuple aux réalités économiques, avec une pincée subjective d’ultra-libéralisme ».

Les gens qui me connaissent savent combien cette récompense est importante pour moi. Depuis longtemps, la démagogie est une discipline à laquelle je me donne corps et âme. Plus exactement, j’ai donné mon corps, et j’ai vendu mon âme.

Je tiens à remercier les nombreux médias et publications qui m’ont ouvert leurs colonnes pour que je puisse m’exprimer, sans jamais m’imposer des valeurs d’un autre âge telles que la vérification des sources, le sens de de la mesure ou le respect de la dignité humaine.

Merci au Huffington Post qui m’a permis de poster des articles avec des statistiques alarmantes sur la criminalité, la drogue ou l’anarchisme sans jamais me demander d’où elles provenaient.

Merci au Journal de Montréal qui m’a offert de tenir un blog sur son site web. C’est toujours valorisant de voir que même un billet écrit en deux minutes sans aucune vérification reste plus intelligent que les commentaire postés par les lecteurs.

Merci enfin à Radio X de m’avoir fait comprendre qu’on pouvait comparer les syndicalistes à absolument n’importe quoi, du moment que ça fait peur ou que c’est sale.

Sans la tribune que ces medias m’ont offert, je n’aurais pas pu exprimer ma démagogie sans retourner en France, où il est très difficile de faire sa place face à la concurrence d’Éric Zemmour.

Merci enfin à l’APID, Association des professionnels de l’industrie de la démagogie, qui fait un formidable travail pour que notre talent soit reconnu à sa juste valeur, en organisant chaque année la cérémonie des Richards.

Avant la création de cette évènement, la démagogie était encore un mot péjoratif utilisé contre nous par des plateauien nowhere fémino-nazi vivant de nos taxes.

Chaque jour, nous devions nous battre contre des militants hisrustes qui nous reprochaient de déformer la réalité, d’attiser les préjugés, de tenir des raisonnement simplistes, de faire des généralisations abusives, d’inciter à la haine, bref, de faire notre métier.

Pire, ces derniers nous accusaient de faire dans la facilité. Ils ne se doutaient de pas de toutes les techniques et reformulations nécessaires pour que les mêmes lecteurs se révoltent devant les usines à chiots, mais prennent le parti de la police quand elle frappe sur des étudiants qui manifestent pacifiquement.

Chaque démagogue à ses propres astuces, son propre style et sa propre personnalité. En ce sens, nous ressemblons à des artistes, sauf que nous sommes beaucoup mieux payés. Et comme des artistes, nous demandons à ce que notre travail créatif soit respecté.

Hier encore, un opposant, probablement subventionné un groupe terroriste, m’accusait d’atteindre le point Godwyn en comparant Québec Solidaire aux nazis. Que c’était une méthode déloyale qui portait atteinte à l’image de notre adversaire. Ce à quoi je réponds « et alors? »

L’éthique envers les démagogues devraient être la même qu’envers les autres domaines artistiques. De même qu’il est très mal vu de révéler les secret d’un magicien, il devrait être interdit de révéler les arguments les moyens que nous utilisons pour transformer la réalité. Si on révèle nos astuces rhétoriques, on enlève la magie, est sans la magie, il n’y a plus de démagogie.

Grâce au gala des Richards, nous avons pu enfin pu faire comprendre au peuple que la démagogie était nécessaire à la démocratie. D’ailleurs, les deux mots commencent de la même manière. Coïncidence? Je ne crois pas.

Je me souviens encore avec nostalgie de la première édition de 2015. Cette année là, la crème de la démagogie avait été nommée : Yves Bolduc pour ses propos sur les fouilles à nu, Régis Labeaume qui avait plaisanté sur le fait qu’un chien de la police de Québec qui avait mordu un manifestant déguisé en banane y était probablement allergique, Barrette pour ses cris de poule, et Pierre-Karl Péladeau pour l’ensemble de son oeuvre.

Je ne sais même plus qui avait gagné, mais je souviens qu’une mention spéciale avait été attribuée à Peter MacKay pour avoir renommé l’Alberta en « Albertastan ». C’est selon moi une belle preuve d’ouverture. Même si le gala des Richard est censé récompensé uniquement les démagogues provinciaux, nous sommes capables de reconnaître les talents fédéraux quand ils touchent au génie.

Bien sûr, nous subissons encore aujourd’hui le attaques de gauchistes qui trouvent cette cérémonie abjecte, et nous demandent pourquoi nous ne décernons pas également des prix pour incitation à la destruction de l’environnement, le chroniqueur le plus sexiste ou de la une de la plus mauvaise fois. Nous allons enfin enfin pouvoir faire taire ces mauvaises langues, puisque les organisateurs viennent de m’apprendre que ces catégories existeront l’année prochaine.

En guise de conclusion, j’aimerais que nous ayons une pensée pour l’homme à qui se gala rend hommage : Richard Martineau. Comme vous le savez, il a été terrassé par une crise cardiaque en septembre 2015, après avoir appris que Sophie Durocher avait eu un one night avec Gabriel Nadeau-Dubois.

Merci encore. Bonne soirée.