Branche

Yann Rocq

Faut que je me branche

Faut que j’me branche
La veste noire ou bien la blanche?
Prendre un REER ou un CELI?
Le pain entier ou bien en tranche?

Les décisions me terrifient
Qu’elle aient ou non de l’importance
Si tu me dis « Allez, choisis »
On a un problème, je pense.

C’est pas comme mon voisin Henri
Qui bricole pendant ses vacances
C’est le genre de gars qui agit
Sans se soucier des conséquences

C’est sûr que si j’étais comme lui
Ma vie prendrait un nouveau sens
Mais d’un côté, c’est vrai aussi
Que j’ai pas fini à l’urgence

Faut que j’me branche
Entre réserve et arrogance
Mon caractère introverti
Cache un ego qui crie vengeance

J’ai adopté la modestie
Pour respecter la bienséance
Mais je me vois crier la nuit,
De moi tout le bien que je pense

Cependant, ma collègue Annie
Est boursouflé de suffisance
Elle est son sujet favori
Qu’elle traite avec beaucoup d’aisance

J’aurais en suivant son circuit
Le respect de mes connaissance
Mais c’est vrai qu’en contrepartie
Les gens chercheraient mon absence.

Faut que j’me branche
Entre conscience et ignorance
Devant guerre et épidémie
Je frémis de compatissance

C’est cool d’être un homme averti
Sur ce monde en déliquescence
Mais j’ai opté pour le déni
Ma TV pourrissait l’ambiance

Ma voyante Audrey-Rosalie
M’accuse de cruelle complaisance,
Dit qu’elle entend les pleurs et le cris
Par le bias de son sixième sens

J’aimerais croire cette empathie
Et la vérité de l’offense
Mais elle n’avait même pas prédit
Qu’on inspecterait ses finances

Faut que j’me branche
Entre le fun et la romance
Du temporaire ou pour la vie
Que je baise, ou bien me fiance?

Me faut-il une fille réfléchie
Qui me trouvera trop intense
Ou autant que moi pervertie
Qui attisera mes déviances?

Mon mécanicien Louis-Henri
Ne s’embarasse pas la conscience
Il prend toutes celles qui disent oui
Qu’elles soient psychotiques ou de France

Avoir écouté son avis
J’aurais un peu plus d’expérience
Mais moi, contrairement à lui
Je peux uriner sans souffrance

Faut que j’me branche
Âge adulte ou adolescence
Vouvoyé par les plus petits
Tutoyé par les barbes blanches

Incompris par mes vieux amis
Qui on déjà une descendance
Et s’étonnent que j’ai pas souscrit
Au moindre fond de prévoyance

Sain de corps, et presque d’esprit
J’assume à fond ma différence
J’ai même rappé à quarante ans
Un soir aux auteurs du dimanche

Je fais les truc dont j’ai envie
Sans me soucier des médisances
Je sais pas où tout ça finit
Mais j’ai bien du fun et j’avance